2020, marquée par la pandémie de la Covid-19, a été une année de perturbations pour le service archéologique municipal. En effet, et comme pour bien des services, le confinement de mars a stoppé net les activités : si 10 opérations de terrain étaient prévues, seules cinq d’entre elles ont pu être réalisées. Néanmoins, la mise en place du télétravail a permis d’optimiser la gestion du traitement post-fouilles d’un certain nombre d’interventions et, de ce fait, d’avancer sur des rapports d’opérations. La rédaction d’une future publication portant sur les résultats des fouilles de la place du Jeu de Paume a également pu être menée à bien.
44, rue Gambetta (ancien magasin MIM)
L’opération de diagnostic menée au 44, rue Gambetta fait suite au projet de construction de la résidence L’Amalia, au coeur du centre-ville historique, dans un îlot où le bâti ancien est en grande partie conservé (le long de la rue Gambetta notamment).
La puissance stratigraphique complète du secteur oscille entre 3,70 m et 4,80 m. Quelques indices d’occupation antique ont été relevés mais sont difficilement interprétables en l’état. Contrairement à ce qui a été observé lors d’opérations voisines (ancienne maternité rue Saint-Laurent, Hôtel-Dieu, place du Jeu-de- Paume), aucun vestige ne semble dater du Ier siècle. La première occupation d’importance du site, aux IIe-IIIe siècles, est marquée par un apport volontaire de limon d’environ 1 m d’épaisseur, probablement destiné à niveler le secteur. Là encore, à la différence des sites proches où l’occupation est intense, ce niveau ne semble pas avoir été densément aménagé, seules quelques fosses éparses ont été observées ainsi qu’un sol mal daté, mais peut-être antique, observé en un seul point.
Après un vide apparent de fréquentation du secteur entre le IIIe et le XIIe siècles, les vestiges repérés correspondent à l’occupation urbaine continue depuis lors jusqu’à l’époque contemporaine. Si aucun bâti médiéval n’a été clairement identifé, la présence de latrines signale l’existence d’habitations à proximité. Le bâti moderne très présent en front de rues les a probablement détruites en partie (caves) ou remplacées.

44, rue Gambetta : Coupe stratigraphique de latrines © F. Haaz SAMB
Abords du nouveau théâtre
Le projet d’aménagement des abords du nouveau théâtre du Beauvaisis (place Georges-Brassens et parking Chevalier) affectant sensiblement des éléments significatifs du patrimoine archéologique, une opération de fouille préventive a été menée. Elle fait suite à une opération entreprise sur l’emplacement même du (entre 2017 et 2019) et à plusieurs diagnostics sur l’ensemble de ce secteur depuis 2006. Ces nouvelles investigations ont concerné près de 4 000 m². L’impact au sol du projet étant modeste, les fouilles ont été peu profondes. La plupart des vestiges mis au jour sont donc peu anciens, généralement de l’époque contemporaine (XIXe-XXe siècles) et moderne (XVIe-XVIIIe siècles). On peut signaler la découverte des restes d’une petite chapelle construite en briques, assez méconnue, et celle d’une cuve maçonnée du XVIe siècle, au fond de laquelle plusieurs dizaines de crânes de chevaux disposés soigneusement ont été dégagés. Là où se trouvait l’ancienne rue Chevalier, sur l’emplacement de l’actuel parking Chevalier, des vestiges beaucoup plus anciens, de l’époque gallo-romaine, ont toutefois été atteints en raison de leur conservation plus haute qu’ailleurs. Il s’agit essentiellement de murs, parfois épais, ce qui présume sans doute de l’importance de certains de ces bâtiments (peut-être en relation avec les thermes connus sous l’église Saint-Étienne). Les investigations ont également été plus poussées sur l’emplacement d’un bassin enterré, près du boulevard A.-Briand, où ont été reconnues de nombreuses fosses du Moyen Âge, dont les comblements ont souvent livré un abondant mobilier céramique, ainsi que les traces d’une portion de rue empierrée de l’époque gallo-romaine.

Abords du théâtre : en haut, vue des fouilles archéologiques de la zone du bassin prise par drone ©N. Sagnier Ville de Beauvais
en bas, jeux retrouvés lors des fouilles ©A. Dufresnes SAMB
Le logis de la maladrerie Saint-Lazare
Suite à la restauration de la toiture du logis et à l’installation
de nouvelles gouttières, une tranchée ceinturant le
bâtiment a été réalisée dans le but d’aménager un réseau
de canalisation pour les eaux pluviales.
Cette opération a permis l’étude des fondations des
contreforts et des murs gouttereaux du logis mais, surtout, la mise au jour de plusieurs structures (maçonneries, latrines, foyers) témoignant de la présence de bâtiments
antérieurs à l’édifice actuel.
Ainsi, par exemple une grande cheminée de 2,05 m de long
pour 0,88 m de large dont la sole se compose de tuiles
posées de chant (à la verticale) mais aussi de carreaux
de pavement décorés, l’ensemble est ceint de pierres
calcaires. Il s’agit d’un modèle de cheminée typique du XIIIe
siècle et qui perdure tout au long du Moyen Âge.
Le logis de la Maladrerie Saint-Lazare : Tranchée le long du mur gouttereau ©J.-M. Fémolant SAMB
Four de briquetier de la fin du XVIIIe siècle
En décembre dernier, un diagnostic archéologique a été réalisé rue de la Trépinière préalablement à l’aménagement d’un lotissement. Cette opération a permis la mise au jour d’une partie d’un four de briquetier. Il s’agit de la partie semi-enterrée correspondant au four lui-même. Le laboratoire, où sont mis à cuire les produits, était situé au dessus et a disparu. Le four se compose de deux conduits de chauffe, séparés par un mur. L’ensemble est construit en briques. À l’avant du four, une fosse, creusée dans le substrat, permettait d’alimenter les conduits en bois de chauffe. Le plan d’Intendance de Saint-Just-des-Marais, daté de 1786, mentionne à cet endroit une briqueterie. D’après le mode de construction et le type de four, on peut le dater de la 2e moitié du XVIIIe siècle. Il s’agit là d’un des témoins les plus anciens de l’activité de production de terres cuites architecturales de Saint-Just-des-Marais qui perdurera jusqu’au début du XXe siècle.
Rue de la Trépinière : Fouille du four ©L. Bouniol SAMB
Les Larris
Le projet d’extension de la ZAC du Haut-Villé est à l’origine de ce diagnostic archéologique réalisé sur des parcelles agricoles, à proximité de l’aéroport, le long de la RD938. Hormis quelques rares vestiges liés à l’activité agricole récente, seule une sépulture à incinération a été repérée. Il s’agit d’une fosse dans laquelle les restes osseux issus de la crémation ont été déposés dans le fond d’une amphore. Elle est datée entre le Ier siècle avant et après J.C. Cette sépulture paraît isolée bien que d’autres puissent se situer dans les parcelles voisines non étudiées. On peut la rattacher à la petite occupation voisine de la même période repérée en 2008.

Les Larris : Vue de l’une des tranchées du diagnostic ©F. Haaz SAMB
Le chantier des collections (tranche 4)
Le service archéologique municipal a également pour mission le traitement et l’inventaire des vestiges mobilier et lapidaire issus de chantiers réalisés entre 1950 et 1991 à Beauvais. En 2020, dans le cadre du chantier des collections archéologiques, le travail a été avancé pour une vingtaine de chantiers, dont des sites emblématiques tels que la Tour Boileau ou le secteur de la Cathédrale. Les tâches sont diverses et concernent le reconditionnement (près de 80 contenants mis aux normes), la saisie informatique des données ainsi que la manutention et les transferts entre les dépôts. Près de 68 m3, représentant 262 blocs archéologiques ont été traités, une grande partie a été transférée dans le dépôt municipal pour inventaire et reconditionnement.

Chantier des collections : en haut, stockage du mobilier dans des curver ©A. Dufresnes SAMB
en bas, stockage du lapidaire sur palettes ©A. Guillou SAMB

